[LE SAINT-PAULIEN] Interview d'un animateur radio
Je m'appelle Pascal JOLY, je suis animateur radio depuis 1979 et, dans trois mois, je suis à la retraite. Voilà, vous avez déjà un scoop. Je travaille pour le groupe Médias de Ouest-France sur la radio Océane, où j’anime la tranche 9h-12h tous les jours de la semaine et 16h-20h le week-end.
J'ai démarré quand j'étais à la fac de Caen, dans une radio pirate, parce qu'à l'époque les radios privées n'existaient pas. On faisait des petites émissions le soir, on était un petit peu politisé et on souhaitait qu'à un moment donné François Mitterrand arrive au pouvoir. Il avait lâché cette information qui était une bombe pour nous : libérer la bande FM. Avant 1982, la bande FM appartenait à l'État, il n'y avait que des radios telles que France Inter, Europe 1 et RTL (qui était une radio belge à l'époque). Nous, on s'est battus pour que cette bande FM devienne un espace de liberté de communication. On a créé des radios, fait des montages d'antennes, fabriqué des émetteurs, et quand Mitterrand est arrivé au pouvoir, il a libéré la bande FM.
Il fallait, sur le plan juridique, créer une association loi 1901, se déclarer et surtout attraper une fréquence. À cette époque-là, tout le monde se jetait dessus. C'est comme un panier de croissants qui arrive : tout le monde saute dedans. On a réussi à choper une fréquence à Caen, le 94.5 de mémoire. La radio s'appelait Radio Quincaille. On était 150 animateurs, tous bénévoles. C'était une radio vraiment de gauche, pas de centre ni de droite. On y parlait de tout et de rien, et on passait beaucoup de musique. 150 animateurs se bousculaient le week-end pour avoir une tranche horaire. Par contre, la semaine, il fallait gérer, parce qu'il n'y avait pas encore de système informatique pour diffuser la musique automatiquement.
À l'époque, on passait des disques et des cassettes. C'est vraiment le début de la radio. Moi, c'est ce que j'ai toujours défendu : cet espace de liberté qui, maintenant, est devenu un espace de communication, ce qui n'a plus rien à voir. La liberté, c'est quand on parle de ce qu'on veut, sans être soumis à des rédacteurs en chef bridés par des pouvoirs politiques qui vous limitent à certains sujets. Heureusement, certaines radios arrivent encore à distiller de l'information et à parler de plein de choses.
Mais ce que j'ai vu de la libération jusqu'à aujourd'hui en 2026, c'est que cette liberté s'est refermée. Il y a moins de liberté pour la parole, parce qu'il y a plein de choses qui se sont passées depuis l'arrivée des réseaux sociaux, avec le hashtag MeToo et tous ces trucs-là qui... je ne peux pas dire "polluent", parce que je n’ai pas le droit de dire ça. Mais on n'a plus du tout le même droit d'expression que dans les années 80-90. Si vous écoutez, vous verrez bien qu'énormément de choses ont changé.
Moi, je suis un militant pour la liberté, avec le respect d'autrui, bien sûr. Et la liberté musicale, c’est important. Pourquoi je suis entré dans la radio ? Parce que je suis un malade de musique. J'ai une formation de trompettiste classique, j'ai fait le conservatoire et j'adore toutes les musiques. J'écoute du jazz, du rock, du hard rock, du rap, de la soul. Je me nourris de cet environnement musical.
Mais aujourd'hui, on est contraints à ce qu'on appelle des quotas. On est coincés par les fameuses playlists que les gens écoutent chez eux à cause des réseaux sociaux. C'est-à-dire que pour vous garder sur la bande FM, on va passer la musique que vous aimez déjà, et non plus celle que j'ai envie de partager avec vous.
Je suis devenu animateur radio professionnel le jour où j'ai été embauché sur une radio qui s'appelait RVS à Rouen, vers 1986-87. J’y suis resté un an, puis je me suis fait virer parce que les sondages n'étaient pas bons. Ça arrive. Après, je suis rentré à NRJ où les sondages étaient bons, et j'y ai travaillé pendant 5 ou 7 ans. Ensuite, je suis parti dans différentes radios : Kiss FM sur la Côte d'Azur, puis j'ai été directeur d'une radio pendant un an en Martinique. Après, je suis revenu en France et j'ai arrêté la radio un moment parce que ça me fatiguait. Toute cette problématique de liberté d'expression commençait à me travailler. Je me suis mis à mon compte comme producteur audiovisuel et voice-over.
On sait que depuis une dizaine d'années, la radio FM perd un million d'auditeurs par an. Il y a deux phénomènes à ça : le contenu éditorial et musical, et l'arrivée des plateformes de streaming. Les gens choisissent leur propre musique. Pour essayer de garder les auditeurs, on analyse les plateformes de streaming pour intégrer les titres qui "marchent" dans notre système de rotation.
C'est ce qui est en train de tuer la radio. Mais c'est comme tout. Le jour où le CD est arrivé dans les années 90, on s'est dit que le vinyle était mort. On est en 2026 et ça fait 10 ans que le vinyle est revenu. Alors peut-être qu'à un moment donné, les gens vont lâcher le streaming pour revenir sur la FM.
J'étais dans ma chambre quand j'avais 5 ou 6 ans, j'écoutais RTL, Europe 1, et Radio Caroline, une radio pirate anglaise qui était sur un bateau au milieu de l'Atlantique. J'écoutais ces mecs-là et je me disais : « Putain, c'est ça la radio ! ». À l'époque, on ne savait pas à quoi ressemblait l'animateur. On était cachés derrière un micro. Il n'y avait pas de visage, juste une voix. On était recrutés par cet organe. Quand tu as une belle voix et que tu arrives à mettre les intonations, tu attrapes les auditeurs. C'est le pied total.
C’était vraiment ce côté un peu fun et délirant, surtout quand t’es gamin. C’est vrai que, quand tu écoutes, il faut se replonger un peu dans l’époque : on avait la télé, la radio… Mais quand t’écoutais les grandes ondes — parce qu’il y avait beaucoup de radios autour du monde qui émettaient en grandes ondes — tu te disais : « Mais c’est magique. » Et j’avais envie de rentrer dans cette scène, et à mon tour de faire le magicien. Comment expliquer ça ? C’est partager les vibrations que tu ressens quand tu écoutes de la musique, certains morceaux qui te font vibrer. T’avais envie de partager ça avec les gens, et en plus d’y rajouter ta voix, de raconter un peu l’histoire du groupe, du chanteur. Voilà. Et puis, je ne sais pas… rentrer aussi un peu dans l’intimité des gens. Parce que la radio, on la consommait — je ne sais pas si c’était en famille, dans la voiture ou ailleurs — mais parfois dans la salle de bain, au réveil, les gens mettaient la radio, ils écoutaient. Et là, tu pouvais les surprendre, les émouvoir, faire plein de choses.
Alors que maintenant, tu peux toujours le faire — il y en a qui le font encore très, très bien — mais ce n’est plus la même chose. Plus la même chose dans le sens où tu ne peux plus dire les mêmes choses. T’es obligé de contrôler tout ce que tu dis. Parce que ça peut être dangereux pour toi, mais aussi pour la boîte qui t’embauche, pour le groupe… Bref, il faut vraiment tout contrôler : ce que tu racontes, comment tu le racontes. Et puis on a aussi une étiquette de journaliste : quand t’as une information, tu la vérifies, tu la vérifies encore, jusqu’au moment où tu te dis : « Là, j’ai fait le tour, je peux y aller. » À l’époque, c’était un peu différent. On racontait moins de conneries, on parlait de la vie, on faisait passer des sentiments. Moi, j’allais bosser avec ma pile de disques sous le bras. Je me prenais la flotte, j’arrivais tremper à l’antenne. J’étais de mauvaise humeur, et les gens vivaient cet instant un peu pourri avec moi. Voilà. C’était du vécu, des histoires… Ça pouvait être triste, ça pouvait être rigolo, ça pouvait être beau.
Moi, j'en consomme, alors j'en bouffe. J'écoute beaucoup les podcasts de France Inter. Pourquoi ? Parce que je trouve que cette radio est fabriquée par des gens qui connaissent ces sujets et qui vont aller chercher. Après, il y a d'autres radios qui le font très bien, mais France Inter, ils ont l'avantage d'avoir des sous-sous d'État et donc de faire plein de choses. Ce que nous, nous n'avons pas parce que les radios privées ne vivent essentiellement que de la pub.
Je vis de ça. Oui, c’est mon gagne-pain. Je suis comme tout le monde : on a des charges, on a plein de choses à payer. Freiné… oui et non, parce qu’il y a des moments où on peut quand même un petit peu se lâcher. Mais la problématique, c’est qu’un personnage radiophonique, un personnage médiatique connu, qui fait le buzz au moment où il est embauché sur une radio, on le prend parce qu’il est connu, parce qu’il a du talent. Donc, résultat des courses, il va nous faire de l’audience. Et ce personnage-là peut se permettre de dire un peu plus de choses.
Généralement, il signe des contrats d’un an. Tu vois ce que je veux dire ? À la fin de l’année, on étudie le budget alloué à cette tranche horaire, les résultats des sondages — positifs ou négatifs — et les rentrées d’argent. Est-ce que ça vaut le coup ? Est-ce qu’on continue avec lui ou est-ce qu’on repart sur quelque chose de nouveau ? Parce que le but d’une radio, c’est de faire de l’audience et de gagner sa vie, pour pouvoir rémunérer les gens qui y travaillent. On rémunère bien sûr l’animateur ou l’animatrice, et tout ce qui s’ensuit. Mais il y a aussi tous les autres : les techniciens, les équipes, tous ceux qui travaillent autour de la radio. Il n’y a pas seulement les gens qui parlent derrière un micro.
Tu as un directeur général, un directeur d’antenne, un programmateur musical… Qu’est-ce qu’il y a encore ? Tu as donc le programmateur musical, qui prépare la musique pour la journée, pour la semaine et tout ce qui s’ensuit, qui rentre les disques dans les machines. Ensuite, tu as les animateurs, qui animent chacun une tranche horaire. Mais tout ça, comment dirais-je, est alimenté par un support technique. Parce qu’il faut des techniciens pour faire tourner les machines, les serveurs.
La radio est en FM, elle est aussi en DAB+, sur le numérique, sur les applications et sur les sites internet. Donc il faut quand même des gens qui s’y connaissent pour que tout fonctionne et que ça ne s’arrête jamais. Parce qu’une radio qui fait un blanc de deux secondes, on se dit : ça y est, c’est fini. Le blanc est interdit à la radio. Le blanc, c’est la mort d’une radio, entre guillemets, tu vois. Donc il faut que ça marche tout le temps, tout le temps, tout le temps. Et puis il y a toutes les personnes autour : les comptables… C’est une véritable entreprise. Il y a le service commercial qui va voir les clients pour vendre de la publicité. Et puis il y a bien sûr toute la rédaction : les journalistes, les reporters, les stagiaires, tout ce qui gravite autour.
Dans une radio, il y a beaucoup de monde.
Sa ma enrichit de d’autre culture musicale, il y a du reggae, il y a plein de choses. Donc ça m'a permis de m'immerger un peu là-dedans. Et quand je suis rentré en France, je me suis dit, tiens, je ne vais pas reprendre la radio tout de suite. Je vais aller bosser dans une boîte où il ne passe que de la musique africaine. Bonheur parfait. Donc, je passais du zouk, j'ai passé de la musique africaine. Et puis après, je suis reparti dans mes aventures de la radio. Mais d'aller là-bas, ça m'a permis de découvrir, de m'enrichir et de revenir en disant, putain, je connais ça, ça, ça. Et puis voilà, parce que la musique, la radio, le côté DJ. Tout ça, c'est de la musique et tout ça, c'est mon monde, c'est mon univers et de transmettre ce que j'entends aux autres.
Je trouve ça magique et magnifique.
Non, on n’a aucun choix. Depuis une bonne vingtaine d’années, on a un directeur des programmes et un programmateur, en lien avec le directeur d’antenne. Ce sont eux qui choisissent la musique diffusée. Je ne vais pas rentrer dans les détails, c’est assez complexe. Mais on cible des tranches d’âge, plus de femmes ou d’hommes avec un certain pouvoir d’achat, et on passe la musique qu’ils sont supposés écouter.
Pratiquement, oui.
Et c’est justement ce qui m’agace. On fait du « testing » : on teste un disque auprès de 300 personnes pour savoir s’il plaît. Si le score est de 50-55 %, il passera quelques fois par jour. À 80 %, il sera diffusé toutes les deux heures. Ce système, je trouve ça un peu fou.
J’ai la chance d’être sur une radio qui joue un peu de nouveautés, mais surtout des anciens titres qui me plaisent. Je ne pourrais pas travailler sur une radio comme NRJ, où la programmation est quasi identique toutes les heures. Là, tu n’es plus vraiment animateur : les machines enchaînent les morceaux, et tu te contentes de suivre.
Le problème, c’est quand un titre revient toutes les deux heures : difficile de raconter quelque chose à chaque fois. Le but, c’est d’alimenter la programmation et d’apporter quelques informations musicales, mais ça peut devenir répétitif.
On n’est pas fondamentalement différents. On passe de la musique, on a des infos, des animateurs. Mais on a un format adulte, sur une sonorité pop-rock. On reste prudents : on privilégie les titres connus plutôt que de risquer de perdre l’audience avec trop de nouveautés. Aujourd’hui, la programmation d’Océane comprend environ 10 % de nouveautés, le reste ce sont des classiques.
Avec le numérique, je peux préparer beaucoup de choses depuis chez moi. Je prépare toutes mes interventions, qui sont chronométrées — 10 secondes, 30 secondes… il faut respecter le timing. Je vais chercher les informations locales pour mes chroniques agenda : concerts, événements, dans toute la Normandie, le Morbihan et la Mayenne.
J’ai une douzaine de chroniques à préparer par jour. Je prends le temps d’écrire, de réécrire, pour les amener à ma manière, puis je passe à l’enregistrement.
Oui, il faut se laisser un petit moment de liberté. Il y a des jours où t'as pas vraiment trop la patate, parce que tu peux avoir des soucis extérieurs et puis tout s'ensuit, donc t'as du mal un peu à gérer les deux choses, donc là tu prépares tout. Tu dis au moins, j'ai ce qu'il faut, j'ai mon matelas, je ne vais pas aller au casse-pipe, parce que ce qui est important, c'est que les gens, quand ils t'entendent, qu'ils ne soient pas en disant, il a dit une grosse connerie, c'est ça qui fait dresser l'oreille et qui peut faire fuir les gens.
Donc ouais, il y a des trucs, ce qu'on appelle des matelas, et puis il y a des moments où tu te dis, lâche-toi, mais bien sûr en faisant très attention à ce que tu racontes.
Non, personne, les créateurs et diffuseurs, il n'y a aucun relecteur derrière, mais parce que les gens pour lesquels on travaille, ils ont confiance en eux.
Mais complètement. C'est un peu un métier de salle, un métier d'animateur, un métier d'acteur, t'es comédien. Moi, je pense que la meilleure école pour être animateur radio, je dis bien animateur radio, je ne parle pas de journaliste parce que là, vraiment, il faut faire des études. C'est différent, mais animateur radio, c'est un peu comme quelqu'un qui s'en sort très bien au stand-up, il peut être animateur radio. On ne prend jamais de bouse, on prend des gens comme ça, ils tiennent un micro, ils ne le lâchent plus. Ils font rire tout le monde. Un animateur radio, c'est quoi ? C'est quelqu'un qui va apporter le côté détente, feel good. Ce n'est pas quelqu'un qui va parler de choses. On peut parler de choses sérieuses en rigolant, mais on n'est pas là pour plomber le truc, on est là pour faire vivre.
Oui, c'est ça, le but, c'est vraiment de divertir. Après, on peut faire de la formation aussi.
Oh, putain non !
Mais même pas, parce que c'est beaucoup de travail. C'est énormément de boulot.
Radio locale, qu'est-ce que tu entends par radio locale ? Cite-moi un nom de radio locale.
Alors là, tu es sur une radio associative. Il y a des choses un peu différentes. Il y a la radio associative qui vit grâce à des aides.
Mairie, les aides de l'État. Et puis après, tu as ce qu'on appelle la radio commerciale, qui, elle, vive essentiellement du monde de la publicité. Pas de pub, pas de radio.
Et puis les radios associatives, où là, pas d'aide, on coupe le truc. Mais la radio associative, c'est une radio qui va émettre sur des... Elle aura peut-être maximum 2-3 fréquences.
Elle ne pourra pas s'étendre comme une radio commerciale qui peut couvrir un département, une région, voire carrément le tout ouest de la France, ou le sud, ou je ne sais pas quoi. Enfin, c'est un peu faux ce que je dis, parce que RCF, la radio catholique, c'était une association, alors qu'elle a une couverture nationale. Mais les radios associatives sont faites par des gens qui aiment la radio.
Qui aiment raconter des histoires, qui aiment faire passer des messages. Et la radio associative, c'est encore le seul endroit où on a cette liberté d'expression. Alors que sur les radios commerciales, c'est un peu plus limité.
Là on va rentrer dans un débat très compliqué. Très très compliqué. Je ne vais pas m'étendre là-dessus parce que ça pourrait peut-être déborder, puis il y a des choses que je n'ai pas envie de raconter non plus.
Mais il faut des radios commerciales. Il en faut pour tout le monde. Il faut des radios commerciales, il faut des radios non commerciales, il faut des radios C7I, il faut des radios nationales, il faut tout ça.
Pourquoi à ce moment-là, si on prend par exemple, pourquoi une grande enseigne qui est spécialisée dans tel produit a le droit de se développer alors que le petit commerçant qui vend ce même produit n'aurait pas le droit de se développer. Je parle du principe qu'il en faut pour tout le monde.
Oui c'est ça, mais après je ne sais pas pourquoi les gens écoutent plus cette radio qu'une autre.
Nous à Océane, ce que les gens nous disent par retour, c'est qu'ils aiment notre bonne humeur. Donc c'est quelque chose qu'on essaye de faire avec l'équipe. Notre slogan c'est la vague pop-rock, le combo parfait pour passer un bon moment, c’est écouter Océane.
La bonne humeur, après les informations ça peut être un peu tristouné, mais l'animateur, on est là pour délivrer de la bonne humeur.
Là c'est une question piège, je ne sais pas.
Oui carrément !
Entre 6h et 8h20, pour être précis, surtout dans les voitures. C’est à ce moment-là que toutes les radios mesurent leur audience. Et si l’animateur, l’animatrice ou le journaliste n’est pas bon à l’antenne, ça fait immédiatement chuter la radio.
La matinale, c’est vraiment le vaisseau amiral. On voit sur les courbes de sondage que l’audience monte beaucoup entre 6h et 8h20, puis descend et se stabilise tout au long de la journée. Elle remonte le soir, quand les gens reprennent la voiture, et ils retrouvent leur radio. Chez nous, à la maison, c’était France Inter le matin dans la voiture, et NRJ le soir, en allant chercher les garçons à l’école.
Il y a aussi beaucoup d’auditeurs routiers. À une époque, à NRJ, on avait énormément de chauffeurs routiers et de taxis. À l’époque, pas de radio numérique ni d’applications, seulement le Minitel. Le téléphone sonnait en permanence, il nous fallait une standardiste à plein temps. Les auditeurs nous appelaient juste pour signaler un incident sur la route ou nous dire bonjour. Aujourd’hui, tout est informatisé, le téléphone sonne beaucoup moins et la standardiste est remplacée par un système automatique.
De façon positive. Avant, pour faire tourner une radio 24h/24, il fallait des animateurs ou des techniciens pour pousser les disques, cassettes ou cartouches. Quand la radio a été informatisée, on a commencé à utiliser le WEV et le MP3. Fini les 12 heures à manipuler des disques, c’est devenu beaucoup plus simple.
Mais côté qualité sonore, le numérique a ses limites. Je préférais le temps où tout était analogique : disque ou cassette, transmis directement à l’émetteur. Le son avait ses défauts, mais il respirait. Aujourd’hui, avec les traitements numériques, le son est un peu artificiel, mais le côté pratique est énorme : plus besoin de quelqu’un pour assurer l’antenne H24, et on peut enregistrer des émissions comme des podcasts.
À mon avis, ça a surtout creusé un énorme trou financier pour toutes les radios commerciales et associatives en France. L’équipement coûte très cher, l’audience est quasi nulle, mais il faut payer pour chaque émetteur. Par exemple, Océane FM couvre toute la Bretagne en DAB+, et cela revient à des dizaines de milliers d’euros par an pour zéro retour d’audience.
Je suis contre le DAB+. Dans beaucoup de pays, ça fonctionne, mais aujourd’hui tout le monde a un smartphone et des applications pour écouter la musique. Pourquoi multiplier les transmissions et consommer autant d’énergie pour rien ? Les constructeurs automobiles n’ont pas intégré le DAB+ dans leurs autoradios avant récemment. Chez moi, j’ai un poste FM, une enceinte connectée pour les podcasts, et mon téléphone relié à l’autoradio. Pas besoin de DAB+.
Je dois avoir une discothèque de 30 000 à 35 000 titres, mais plus de vinyles : je me suis fait voler 6 000 albums, c’était toute une partie de ma vie de DJ. Il me reste une vingtaine de disques. Sinon, j’écoute la musique sur ordinateur, ou la FM, notamment France Inter. Le matin, on se nourrit de France Inter ; le soir, un peu moins, surtout après une journée de travail.
Les informations et les problèmes de société en boucle, ça fatigue. Ma femme ne supporte plus les répétitions et préfère qu’on se détende.
Quelque chose qui m'a ému. C'est des rencontres avec des artistes que je vénère. L’avantage quand tu es dans le domaine de la radio, dans le domaine du média, c’est de pouvoir rencontrer des gens qui t'ont fait vibrer depuis que tu étais tout petit. Et un jour, tu les rencontres
Il y en a eu un paquet.
Serge Gainsbourg. Après, dans un autre cadre, j'ai rencontré Jacques et Thomas Dutronc
Johnny Walker aussi, par exemple. Quand tu croises Johnny Walker, tu restes un petit peu sur le cul. Tu vas le voir en concert, c'est toujours impressionnant. À l'époque, c'était pour une radio associative. Et on lui dit comme ça. Ce serait bien qu'on l'ait après le concert. Qu'ils viennent discuter un petit peu. Et il nous a dit, une bouteille de Jack Daniels. Et puis, c'est parti. Il est arrivé à la radio. Il était à minuit et demi, une heure du mat. On a enregistré jusqu'à six heures du matin. Et là, tu te dis... Tu vis des moments très sympathiques.